Spirographes

Le corps , l’espace et le temps sont ses « matériaux » de prédilection. Pour l’instant il n’est plus question de mise en scène mais plutôt de mise en forme. L’artiste aborde ainsi la liberté picturale de l’abstraction. Parce qu’elle voulait créer des formes symétriques et semblables sans passer par un moyen numérique, elle a opté pour le spirographe. Chaque étape de construction passe par le geste. L’acte de tout faire manuellement est une étape primordiale, elle engendre le processus de réflexion. L’endurance et la concentration sont les points majeurs de son travail. Celui-ci peut être lu à différents niveaux. A distance cela apparaît comme une image numérique, graphique, géométrique mais plus on s’en approche , plus on pénètre à l’intérieur de ses détails, de son réseau, de son attraction. Chaque hypotrochoïde tracée est un voyage. Il y a quelque chose de rassurant dans le dessin spirographique : lorsque l’on part d’un point, que celui-ci devient une ligne sinueuse, elle-même devenant un motif complexe pour revenir à sa base originelle, tout est de l’ordre du rythme et de la continuité logique. Les matériaux utilisés (papiers), la patience, l’assemblage et la communication des cellules de papier, la composante géométrique orchestrée, la réflexion sur le diamètre, la forme, les couleurs et la répétition du geste sont autant de paramètres qui définissent ses travaux Ses recherches actuelles sont aussi cette quête du volume située entre la seconde et la troisième dimension, plus communément appelée « relief ». Il n’est pas sans rappeler sa définition anglophone : soulagement. Elle fabrique des boites permettant d’accueillir ces formats, détermine leur profondeur selon l’avancée des travaux et anticipe le coffre afin de travailler sur leurs fonds et leurs arêtes. Ces boites sont comme des boites crâniennes dans lesquelles elle épingle des cellules à la manière d’un entomologiste, tant comme des boîtiers d’horlogerie gardant précieusement le mécanisme du « temps ». Ce système permet de nous placer plus comme observateurs que simple regardeurs. L’acte de coffrer un objet lui confère une valeur scientifique. Une fois en boite il est « protégé » et l’on peut dès lors s’en approcher pour l’étudier. Ainsi saisir le « tableau » dans sa globalité lorsqu’on se place à distance est une expérience différente de celle où l’on se place plus prés. Regarder à travers le Plexiglas est comme une pénétration de l’épiderme, une observation du « sous la peau ».